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15-01-2016 09:10 - modifié 15-01-2016 09:12
@teigni47 a écrit :
le principal c'est de défiler dans la rue...............et de crier aprsè les autres
Bonjour ici,
Tiens, j'avais zappé ce post.. Vu que je tourne en rond comme une âme en peine pour savoir où je vais pouvoir poster mes pavés maintenant, voilà-t-il pas que je lis ce fil et, comme un chien d'arrêt, je reste un moment sans me mouvoir. Et puis je me dis : "Allez, vas-y, profites-en, tu n'auras pas si belle occasion tous les jours".
LE NOUVEAU MANIFESTANT.
Ah? Celui-là ne fera pas la révolution, le pouvoir peut dormir tranquille! Les nouveaux manifestants savent se tenir et ne jamais déroger à la règle de la manif bourgeoise et bien élevée. Leur principal souci est de retrouver le gros ballon de leur syndicat ou de leur ville, de se féliciter d'être aussi nombreux, de se dire que c'est une belle manif et que la lutte va porter ses fruits. Même si le cortège compte cent mille pékins, le moindre flic, à lui tout seul, suffit à empêcher la colonne de progresser vers les beaux quartiers afin de ne pas gêner la sieste des ministres concernés.
Ces nouveaux c* ne veulent pas être assimilés à la r@caille banlieusarde qui balance des caillasses et fout le feu aux bagnoles pour exprimer sa colère. Ils sont organisés comme des paramilitaires, et sages comme des vieillards à l'hosto. Il leur faut d'abord une autorisation de la préfecture, puis un itinéraire précis et une heure de dispersion. La manif est une sorte de grande fête, composée, en majeure partie, de profs et autres fonctionnaires qui gueulent en espérant surtout que rien ne change, car finalement ils ne sont pas si mal lotis. Il y a des orchestres, des percussions, des danseurs, des cracheurs de feu, des clowns, des tr@velos déguisés, des jongleurs, des gueulards professionnels, des faux Africains et des vrais flics en civil qui n'ont même pas à se cacher vu qu'ils ne seront jamais pris à partie. En un mot, les manifs sont bon enfant et ne font plus peur à personne. Les travailleurs précaires et exploités qui devraient défiler ne le peuvent par crainte de se faire licencier et se trouvent représentés par des mecs et des femmes qui ne sont jamais allés sur un chantier ou dans un atelier.
On se cause, on échange entre gens offusqués et intelligents, mais, surtout, on peut tout exiger, surtout des trucs impossibles, pour se faire remarquer et montrer que l'on a rien lâché depuis mai 68 : "fin du capitalisme", "mort des patrons", "démission du Président de la République", etc. Tout cela ne mange pas de pain puisque, de toute façon, on sait qu'aucun bouleversement politique n'interviendra, que l'on pourra rentrer dans son petit pavillon de banlieue et reprendre son petit turbin en gardant de belles photos et quelques tracts dans sa poche.
De leur côté, les flics rigolent, tapent le carton et discutent avec les manifestants… C'est cool. On chante des parodies de tubes avec des paroles vachement engagées du genre :"Ta réforme, tu sais où on se la met? Aucu, aucu, aucune hésitation!" ou "Tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble!". La moyenne d'âge tourne autour de 55 ans, c'est-à-dire la génération qui parle pour les autres au nom d'un idéal à jamais perdu. Ils gueulent contre le chômage, mais ont un bon taf, contre le recul de l'âge de la retraite, mais ne craignent rien, contre le r@cisme, mais vivent à Paris entre bobos philosophants. Á 18 heures la colère s'arrête net du côté de la Bastille, et chacun reprend son métro bien sagement. Le lendemain, ils interrogent leurs collègues : "T'étais à la manif? Non? Bah alors faut pas t'étonner que rien ne change". Cela fait trente ans qu'ils font toutes les manifs, comme d'autres font tous les b0rdels. Rien n'a changé, mais s'acharnent, trop contents de marcher sur la trace des mineurs de Zola.