LE NOUVEAU POLITIQUE.

 

Les anciens politiques vous ont déçus, ils n'ont pas tenu leurs promesses, ils ont détourné de la thune leur profit, ils ont fait voter des lois à leur avantage? Vous n'avez encore rien vu, voici la nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques, les mêmes qu'avant, moins l'engagement personnel, mais beaucoup plus beaux… Ces nouveaux élus ou promus ont choisi "politique" comme ils auraient pris médecine ou commerce international si ces cursus permettaient de passer à la télé et de bénéficier d'une voiture de fonction. Leur principale qualité? Leur capacité à s'aplatir comme une carpette, à baver devant le président, le député, le sénateur ou le ministre influent. Ils doivent aussi intriguer, dénoncer et nuire à leurs collègues qui, soudain, n'auraient plus le vent en poupe. Les nouveaux politiques sont des mannequins de casting à qui l'on ne demande ni compétences ni prises de responsabilités, mais des talents de communicants et des dons pour passer la brosse à reluire.

Le manque de courage à défendre une idée ou une position politique est élevée au rang de principe, et l'objet d'une mandature est le renouvellement de ladite mandature par la multiplicité des preuves de sa servilité. Il fut un temps où l'on reconnaissait à certains politiques leurs engagements, leurs visions à long terme, leurs projets pour la société. On pouvait les détester, mais leur stature d'hommes et de femmes d'État était incontestable. Les nouveaux politiques sont avant tout des bêtes de scène dont la femme, la maîtresse, les gosses et les chiens sont les alliés médiatiques indispensables. Autant dans "Le Monde" que dans "Gala", le nouveau politique doit combler l'extrême vacuité de son discours par la richesse de sa vie privée, la blondeur des cheveux de son épouse et la crise d'appendicite de son petit dernier.

Mais plus que tout, ces politiques "nouvelle vague" se conduisent comme des patrons arrivistes ou des footballeurs. Le monde leur appartient et ils ne comprennent pas qu'au vu de leur haute fonction, ils aient de temps en temps à sortir leur carnet de chèques pour payer un bien ou un service. Leur argent, c'est notre argent, au resto, à l'hôtel, en vacances ou avec leurs potes, ils sont toujours au service de l'état. La faute serait à moitié pardonnée s'ils avaient conscience de détourner de l'argent mais non, malheureusement ils considèrent que c'est un dû et s'offusquent quand on leur reproche leur train de vie délirant. Si vous en venez à considérer que ce luxe payé par nos impôts est un peu insolent et les éloigne de leur mission première, ils vous rétorquent qu'ils sont bien moins payés qu'un patron du CAC 40 ou qu'un présentateur du journal de TF1. C'est vrai! Mais ils sont bien plus payés que les Français qu'ils sont censés représenter. Ils cherchent d'abord à se protéger, à assurer leur avenir et celui de leurs enfants avant de penser au bien collectif et, plus que tout, la politique permet de se constituer un carnet d'adresses inédit et multiformes, dont on se servira en temps voulu pour placer ses mômes, sa femme et ses copains. On pourra aussi le vendre à un cabinet d'avocats ou à des boîtes privées comme listing de clients intéressants.

Le métier d'homme ou de femme politique est d'abord un jeu social dont les rôles sont écrits par l'exigence médiatique et la lutte pour la survie. C'est un métier où l'on se fait non seulement des ennemis de théâtre, mais aussi de vrais amis de complicité, qui devront un jour renvoyer l'ascenseur : patrons, journalistes, députés, restaurateurs, écrivains et businessmen qui ont eu besoin de l'élu rembourseront la dette un jour prochain. Ainsi se tisse une toile de relations entre gens qui ont un quelconque pouvoir dans le pays et qui préservent les avantages des uns et des autres pour un copinage intéressé. L'ancien élu entrera au conseil d'administration de telle grosse boîte qui avait obtenu les marchés publics dans la ville de ce même élu. Imaginons qu'un jour un type ayant des convictions profondes, pas très bien fagoté, mauvais à l'oral, un peu gras du bide et profondément honnête ait envie de prendre des responsabilités électives sans autre intérêt que le bien collectif. Imaginons qu'il tienne un discours dénué de démagogie et que son épouse soit rétive à la caméra… Payons-lui le voyage au Brésil, il a peut-être une chance!