PEUT-ON RIRE DU MALHEUR DES AUTRES?

 

Il n'est sans doute pas très charitable de se réjouir de la détresse d'autrui. Posons-nous cependant la question suivante : s'il ne provoque, ne nuit à ou n'aggrave la détresse du malchanceux, notre amusement est-il réellement condamnable? En plus simple : si tu vois un type se gaufrer de l'autre côté de la rue et que le bonhomme ne te voit pas te gondoler, personne ne pourra te le reprocher.

Par contre, si tu continues à te fendre la pêche au lieu de traverser pour venir en aide au malheureux se tordant de douleur sur le trottoir désert ou si c'est par ta négligence que l'homme a chu, alors là, ce n'est pas bien et ton rire est inapproprié.

 

Car il faut bien avouer que ce qui nous fait le plus marrer, c'est de voir Charlot tomber dans l'escalier ou Jerry Lewis glisser sur une peau de banane ou n'importe qui se viander la tronche sur une porte en verre, et ça, si ce n'est pas rire du malheur des autres, faudra qu'on m'explique.

Notre "moi profond" se réjouit donc du spectacle de la détresse d'autrui. C'est humain, mais c'est moche.

 

Certains puristes diront que les exemples donnés relèvent d'avantage de la mésaventure que du véritable malheur. Admettons. Alors imaginons que le personnage qui s'écroule dans la rue en glissant sur une déjection de chien se casse la hanche et s'en retrouve handicapé pendant plusieurs mois, mettant ainsi en péril son propre avenir, celui de sa famille et celui de la petite entreprise qu'il dirige, car si l'usine devait s'arrêter de produire, ce seraient 35 postes qui sauteraient, plongeant autant de familles dans la misère, la déchéance, la maladie, la dr0gue et la délinquance. C'est du véritable malheur ça, non? Oui. N'empêche, et je n'en suis pas fier, que la mimique du gaillard qui dérape me paraît irrésistible et génère en moi "le besoin d'exprimer ma gaieté par un mouvement de la bouche, accompagné d'expirations saccadées plus ou moins bruyantes". Et je réfute l'idée de cruauté dans mon chef. Si ce mec ne tient pas à devenir un clown pathétique, il n'a qu'à regarder où il marche. C'est vrai quoi!

Moi je veux bien ne pas rire du malheur des autres, mais il faudrait alors que les autres fassent un petit effort pour ne pas être ridicules.

 

On ne peut quand même pas me reprocher à moi l'attitude totalement irresponsable de ce petit patron de PME qui, au lieu d'être aux côtés de ses salariés, dans cette période de crise aussi pénible, s'en va faire le joli cœur sur des trottoirs aussi glissants les uns que les autres. Et il ne faudrait pas qu'en plus de plonger autant de gens dans la misère noire, ce s@lopard me prive aussi d'un moment de détente. Tu as fait assez de mal autour de toi, vieux, pour venir nous faire la morale. Et dis-toi bien que c'est à cause de types dans ton genre que nous avons acquis le droit de rire du malheur des autres.

 

N.B. Mon avis personnel sur ce texte : il semblerait fortement que Geluck se soit laissé légèrement emporter sur la fin. J'dis ça, j'dis rien.