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20-11-2013 20:58 - modifié 20-11-2013 21:00
Les Chroniques de Guy de Maupassant
La Politesse
Je ne voudrais point qu’on me crût assez fou pour prétendre ressusciter cette morte : la Politesse.
Les miracles ne sont plus de notre temps et, pour toujours, je le crains bien, la politesse est enterrée côte à côte avec notre esprit légendaire.
Mais je désire au moins faire l’autopsie de cette vieille urbanité française, si charmante, hélas ! et si oubliée déjà ; et pénétrer les causes secrètes, les influences mystérieuses qui ont pu faire du peuple le plus courtois du monde un des plus grossiers qui soient aujourd’hui.
Non pas que j’entende par politesse les formules d’obséquiosité qu’on rencontre encore assez souvent ; non pas que je regrette non plus les interminables révérences et les beaux saluts arrondis dont abusaient peut-être nos grands-parents.
Je veux parler de cet art perdu d’être bien né, du confortable savoir-vivre qui rendait faciles, aimables, douces, les relations entre ces gens qu’on appelle du " monde ".
C’était un art subtil, exquis, une espèce d’enveloppement de fine délicatesse autour des actes et des paroles.
On naissait, je crois, un peu avec cela ; mais cela se perfectionnait aussi par l’éducation et par le commerce des hommes bien appris.
Les discussions même étaient courtoises. Les querelles ne sentaient point l’écurie.
Et cependant l’ancien langage usuel était plus cru, plus chaud que le nôtre ; les mots vifs ne choquaient point nos aïeules elles-mêmes, qui aimaient les histoires gaillardes saupoudrées de sel gaulois.
Si les gens qui s’indignent aujourd’hui contre la brutalité des romanciers usaient un peu les auteurs dont se délectaient nos grand’mères, ils auraient, certes, de quoi rougir.
Ce n’était donc pas dans la langue, c’était dans l’air même que flottait cette urbanité ; il y avait autour des mœurs comme une caresse de courtoisie charmante.
Cela n’empêchait rien ; mais, enfin, on était bien né.
Aujourd’hui nous semblons devenus une race de goujats.
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Humour...Toujours