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23-12-2017 17:42 - modifié 23-12-2017 17:46
Les treize objets de Fine Le Bris
Fine Le Bris est morte depuis longtemps. Elle était déjà vieille quand elle me raconta cette histoire, et moi-même je suis loin d'être jeune.
Fine était l'enfant du Roi des voleurs. Nul ne connaissait son nom, mais c'était sûrement le Roi des voleurs, car il avait volé l'honneur de sa ma mère, et s'était enfui une fois son forfait accompli.
Fine, à 8 ans, perdit sa mère. Il n'y eut pas grand monde pour s'occuper d'elle, sauf un couple de fermiers de Lestrezec, qui la recueillit, et en fit leur servante. Fine n'était pas jolie, ce qui lui évita de fréquenter à son tour le Roi des voleurs, ou son fils, ou son cousin.
Elle se contenta donc d'être bonne chrétienne, et travailleuse infatigable. Chaque sou qu'elle eut, elle l'éconmisa. Elle vendit même ses cheveux six fois, eh oui, à l'époque, les beaux cheveux des Bretonnes servaient à confectionner les perruques des Parisiennes sur le déclin. Le coiffeur leur laissait juste de quoi faire le petit chignon qui servait à maintenir la coiffe qui était de rigueur, en 1900. Oh, c'était une bien modeste coiffe que celle des monts d'Arrhée, juste une petite coiffe qui maintenait une petit chignon posé bas sur la nuque...
Fine travailla avec tant d'acharnement, et économisa tant, que sur ses 40 ans, elle put louer un petite maison, un petit pen-ty. Et elle s'y installa, et continua à travailler avec acharnement. Un jour, bien après qu'elle se soit arrêtée de travailler, je lui demandai si elle était heureuse, malgré sa dure vie de labeur.
"L'on a besoin que de treize choses pour être heureux dans la vie", me dit-elle. "Veux-tu savoir lesquelles?"
La première, c'est d'aller à la messe tous les Dimanches, et de donner un franc à la quête.
La deuxième, c'est d'avoir un vaisselier avec des grand bols en porcelaine pour offrir le café à tes invités.
La troisième, c'est de posséder un bilig pour faire les crêpes.
La quatrième, c'est d'avoir un bon lit avec un matelas en laine, avec un édredon en plumes.
La cinquième, c'est de manger de la viande chaque Dimanche, car le reste de la semaine, des crêpes et du lard suffisent largement.
La sixième, c'est de pouvoir s'offrir une horloge, pour te rappeler que tu dois aller à la messe, ou que c'est l'heure du café.
La septième, c'est d'avoir assez de bois sec pour te chauffer l'hiver, une corde de bois sec pour l'année en cours, une qui sèche pour l'année qui vient, et une troisième pour l'année qui viendra après.
La hutième, c'est de pouvoir offrir du vin rouge et du vin blanc sucré à tes invités quand ils viennent te présenter leurs voeux.
La neuvième, c'est d'avoir trois paires de draps brodés et des torchons en lin.
La dixième, c'est de porter la statue de Notre Dame de Coat Quéau quand tu entres dans ta cinquantième année.
La onzième, c'est de pouvoir signer sur les papiers de monsieur le maire, et de pouvoir lire le journal.
La douzième, c'est d'avoir un bel enterrement, avec une belle pierre bleue des carrières de Toul Goasq et avec ton nom dessus.
Et la treizième, Fine? Fine ne voulut jamais me le dire.
Quand Fine mourut, je sus ce qu'était la treizième chose que nous devons tous avoir pour être vraiment heureux. Autour de son cou, on trouva, attaché à une chaîne, une alliance en or..
Car, voyez-vous, sans amour, personne n'est vraiment jamais heureux....
Conte traditionnel breton